C'est la vie, que veux-tu

19 juin 2017

Comment certains discours sionistes contribuent à l'antisémitisme

On accuse régulièrement les personnes qui se revendiquent antisionistes de contribuer à la montée de l'antisémitisme. Comme je l'écrivais dans mon article précédent sur le sionisme, la confusion est d'autant plus grande que certaines personnes se décrivent comme "antisionistes" alors qu'elles sont en réalité antisémites (coucou Dieudonné).

Cependant, on pourrait mettre en avant le fait que certains discours sionistes, qui prétendent soutenir les juifs, peuvent contribuer à la montée de l'antisémitisme et à la banalisation de préjugés antisémites.

On en a un bel exemple avec cet article scandaleux publié récemment par Jacques Tarnero :

http://www.huffingtonpost.fr/jacques-tarnero/luniversite-paris-viii-fait-elle-partie-des-nouveaux-territoires-perdus-de-la-republique_b_5017620.html

 

Dans cet article, l'auteur s'évertue à démontrer que les militant-e-s pour la cause palestinienne qui soutiennent le mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) seraient... des héritiers du nazisme ! Rien que ça. La comparaison entre ce mouvement et l'antisémitisme est constante dans l'article :

En utilisant le masque émancipateur de la lutte anti apartheid, ces militants reconduisent les gestes des nazis dans les années 30 qui barbouillaient d'étoiles juives les magasins à boycotter. On connaît la suite de cette histoire. (...)

Désormais c'est au nom de l'antiracisme que des juifs "sionistes" ont été expulsé d'une manifestation anti-raciste à Toulouse par des militants d'extrême-gauche Aux cris de "sionistes, fascistes, barrez-vous" ils renvoyaient comme un sinistre écho des "juif, casse-toi, la France n'est pas à toi" scandés dans les rues de Paris, lors de la manifestation nommée "jour de colère" de janvier dernier.

La comparaison est évidemment d'une mauvaise foi crasse. On a le droit de ne pas approuver la méthode du boycott, mais encore faut-il avancer des arguments au lieu de se livrer à une pareille diffamation. Pour rappel, les militant-e-s qui invitent à boycotter l'état israélien ne suggèrent pas de boycotter les juifs en général (d'ailleurs parmi ces militant-e-s il y a des juifs...) ; et une phrase comme "sionistes, barrez-vous" ne vise pas spécifiquement les juifs (les juifs ne sont pas tous sionistes, et les sionistes ne sont pas tous juifs...).

Au passage, l'auteur n'oublie pas d'ajouter des amalgames islamophobes :

Dans les banlieues toute la frustration sociale a trouvé ainsi le bouc émissaire de son mal être. Des Palestiniens par procuration jouent à l'intifada contre les démons sionistes. Les juifs portant kippa n'y sont plus bien vus par ceux qui ont fait de Mohamed Merah leur héros. On peut bien rêver que la République laïque et obligatoire ne tolèrera jamais cela et que le fascisme ne passera pas. Trop tard, le fascisme est déjà passé et ce fascisme qui vient, pour reprendre le titre d'un ancien livre de Jacques Julliard n'est pas celui qu'on attendait. L'islamo-gaucho-fasciste en est la nouvelle incarnation.

Et voilà : pour l'auteur, les antisémites sont de vilains musulmans (pardon, "islamogauchistes") de banlieue. Mais quel rapport avec l'islam ? Beaucoup de militant-e-s qui soutiennent la cause palestinienne ne sont pas musulmans, mais apparemment Jacques Tarnero n'en est pas à un raccourci haineux près.

Ce qui menace aujourd'hui les français juifs en France menace tous les Français. Ce qui menace Israël menace la France. Ne pas le comprendre est suicidaire.

Le bouquet final : la condamnation légitime de l'antisémitisme en France serait donc équivalente au fait de soutenir Israël ! 

On retrouve des raccourcis mensongers similaires dans un texte récent signé Christian Estrosi :

http://www.tel-avivre.com/2014/06/10/je-suis-fier-detre-un-ami-disrael-par-christian-estrosi/#

Quelques jours avant d’être à nouveau présent sur la Terre d’Israël, des 15 au 17 juin prochains, je souhaite m’exprimer dans ces colonnes afin de marquer mon engagement dans la lutte contre l’anti-judaïsme, qui gagne partout du terrain, et contre l’odieuse campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui sévit au plan international. (...) 

A ceux qui soutiennent sans discernement la campagne de boycott contre Israël, je veux dire qu’ils ne nuisent pas à l’Etat juif mais à la paix ; de plus, les assassins et les terroristes qui prônent le meurtre du Juif sont ravis de ce soutien qui conforte à leurs yeux les actes criminels. (...)

Face à la mécanique inacceptable qu’est la judéophobie, il est impératif que des élus de la République française et d’autres pays s’engagent et fassent rempart pour protéger les Juifs et soutenir Israël. Je suis et serai toujours de ceux-là.

Là encore, les militant-e-s BDS sont mis sur le même plan que des agresseurs antisémites ; là encore, la lutte contre l'antisémitisme est associée au fait de soutenir Israël. Ainsi, on l'aura compris, ces discours sionistes qui prétendent soutenir la population juive et s'élever contre l'antisémitisme sont surtout des discours destinés à soutenir Israël, en diffamant les personnes soutenant la cause palestinienne.

En réalité, de tels propos ne sont pas "contre l'antisémitisme", et cultivent au contraire des préjugés dangereux sur les juifs. Ainsi,

- la lutte contre l'antisémitisme est associée au fait de soutenir Israël (il serait donc interdit de ne pas soutenir Israël, sous peine d'être accusé d'antisémitisme ?).

- les juifs français (et les juifs en général) sont associés à Israël, comme s'ils en étaient indissociables... C'est oublier un peu vite que certaines personnes juives peuvent ne pas avoir de lien particulier avec Israël, ou s'en foutre, ou être hostiles à la politique menée au nom de cet état... Il est complètement simpliste et ignorant de faire comme si Israël représentait, de tout temps et de toute éternité, les juifs et le judaïsme.

- les juifs sont présentés comme d'emblée victimes des actions en faveur de la cause palestinienne (alors qu'ils peuvent s'en foutre, ou y prendre une part active...). Au passage, c'est quand même un raisonnement étrange de sous-entendre que la défense des droits d'une population est forcément un danger pour une autre.

De tels propos défendent une vision "communautaire" du conflit israélo-palestinien : les juifs sont décrits comme liés de toute éternité à Israël et hostiles à la cause palestinienne ; la cause palestinienne est assimilée aux musulmans (qui selon Jacques Tarnero, ne peuvent apparemment défendre cette cause que par antisémitisme !). Alors que, ironie du sort, ce conflit n'est pas fondamentalement un conflit religieux (bien que certaines personnes peuvent lui donner une dimension religieuse).

Soutenir la cause palestinienne n'a rien à voir avec le fait d'être arabe et/ou musulman ; on peut soutenir cette cause tout simplement pour défendre les droits humains, et lutter contre le colonialisme. Ce n'est pas défendre les juifs que se présenter ainsi comme "ami d'Israël", et nul doute que certains juifs se passeraient volontiers d'une telle "amitié"...

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14 mars 2017

Trop de bite

Il paraît que les femmes féministes ont besoin de coups de bite. C'est en tout cas ce que disent certains hommes dont j'ai pu lire la prose délicieuse sur les réseaux sociaux. Car apparemment, si nous avions pris assez de "coups de bite" à leur goût, nous ne serions pas féministes. Baisées, matées, dressées par notre mâle dominant, nous saurions rester à notre place et nous n'aurions pas l'idée saugrenue de parler d'égalité des sexes. 

L'expression "coup de bite" est d'ailleurs assez révélatrice. Un coup, comme se prendre un coup de poing ou de pied. Pas du plaisir, du partage, de la sensualité, non, un coup, pour nous dresser, nous, les femmes pas assez soumises. Quand cela ne va pas tout bonnement jusqu'à la menace explicite de viol, d'autant plus banalisée sur les réseaux sociaux qu'elle est rarement sanctionnée. 

ROCCO

(Commentaire à propos d'une annonce de colocation, deux femmes précisant qu'elles ne souhaitaient pas de colocataire homme cis. Un commentateur avisé en a donc déduit qu'elles avaient besoin de "coups de bites". LA LOGIQUE)

D'où vient cette fascination égocentrique qu'ont beaucoup d'hommes cis pour leur bite ? Freud pensait que les petites filles étaient frustrées lorsqu'elles découvraient qu'elles n'avaient pas de pénis. D'après mon expérience personnelle et ma propre enfance : non. Cependant ce mythe des femmes cis qui désireraient avoir un pénis n'a pas complètement disparu des têtes, puisque certains hommes antiféministes sont convaincus que les femmes veulent avoir une bite, ou alors qu'elles veulent des coups de bite. Tout cela ne semble pas très clair dans leurs têtes embrouillées, la seule chose claire étant qu'une femme aurait BESOIN du pénis, sans lequel elle ne saurait pas vivre. 

L'obsession de la bite prend volontiers des relents lesbophobes et transphobes. Ainsi on demande à des femmes lesbiennes si cela ne leur manque pas, quand ce ne sont pas des harceleurs dans l'espace public qui s'en prennent à des couples de femmes avec de délicates invitations au coït. 

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 Témoignage tiré de la page Lesbeton

Les femmes trans subissent autrement cette obsession de la bite : questions indiscrètes ("Vous êtes opérée ou pas ?") visant à savoir si oui ou non, elles l'ont toujours, clichés dégradants. L'auteure américaine trans Julia Serano, dans son essai Whipping girl, décrit un cliché qui revient fréquemment sur les femmes trans dans la fiction : une femme trans séduisante, ultra "féminine", et "passant" pour cis, réussit à séduire un homme cis, mais elle est "trahie" par la découverte de son pénis. Les plaisanteries récurrentes sur le pénis (réel ou supposé) des femmes trans jouent sur la même obsession transphobe : une femme trans peut "passer" pour cis, mais une allusion grossière à son appareil génital permet de la "remettre à sa place" pour lui faire comprendre qu'elle n'est pas vraiment considérée comme une femme. Le fait qu'une femme trans prenne la décision de se faire construire un vagin par opération chirurgicale suscite une fascination mêlée de répulsion : comment un être humain doté d'un pénis peut-il décider de s'en séparer, d'avoir un vagin à la place ? Comment peut-on souhaiter avoir un vagin ? Puisque Freud a dit que les femmes veulent un pénis ! C'est une incompréhension totale pour certains hommes cis qui demeurent naïvement convaincus que les femmes les envient et sont jalouses d'eux parce qu'elles veulent leur bite. Scoop : un être humain épanoui peut très bien vivre sans. Est-ce que je me demande, moi, comment font les hommes cis pour vivre sans ce clitoris merveilleux qui permet de jouir rapidement, longtemps et par la simple grâce d'une caresse manuelle ? Re-Scoop : aucun besoin de bite pour jouir et avoir des orgasmes. 

Clitoris

Le pauvre, s'il savait... 

Donc, chers hommes cis, si vous êtes concernés par tout ce que j'ai dit, si votre bite vous fascine à ce point, faites-vous une auto-fellation et laissez en dehors de tout ça le reste de l'humanité qui ne partage pas forcément votre idolâtrie. Merci. 

 

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Mais apparemment, avec Audrey Dana, on n'est pas non plus sorties de l'auberge. La bite, toujours la bite. Est-ce un hasard, cependant, si une femme bénéficie plus facilement d'une promotion médiatique conséquente en faisant ce genre de film ?

 

 

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02 octobre 2016

"Va mener les vrais combats ailleurs" dit Mr Vrais Combats.

Dans l'expérience des féministes qui ont pour habitude de communiquer sur les réseaux sociaux, apparaît souvent un personnage récurrent. Appelons-le Mr Vrais Combats. Oui, car c'est la plupart du temps un homme. Lors d'une discussion sur un sujet féministe, il intervient et déclare, d'un ton passablement condescendant, que les féministes sont priées d'aller mener les "vrais combats" ailleurs, hors de France/Europe. "Ailleurs", c'est le plus souvent dans un pays lointain, musulman de préférence, car Mr Vrais Combats estime apparemment que l'oppression des femmes ne peut exister que dans un pays musulman, l'Afghanistan par exemple (il faut croire que Mr Vrais Combats est souvent un peu islamophobe sur les bords). Apparemment en France/Europe il n'y aurait aucun "vrai combat" féministe digne d'intérêt à mener. 

Déjà, relevons l'arrogance de Mr Vrais Combats, qui se sent autorisé à dire aux féministes ce qu'elles doivent faire, et même à leur indiquer la direction géographique à prendre. Dans le fond, si Mr Vrais Combats veut envoyer les féministes en Afghanistan, ce n'est sans doute pas par réelle sollicitude pour les femmes afghanes, mais juste pour se sentir débarassées d'elles, et de leurs discussions qui remettent gravement en question ses petites certitudes. 

Mr Vrais Combats pense t-il donc que les féministes françaises ne s'intéressent pas à ce qui se passe à l'étranger ? C'est faux, bien entendu, et régulièrement des groupes féministes français organisent des manifestations en solidarité avec les femmes d'autres pays, les femmes espagnoles et polonaises pour le droit à l'avortement, par exemple... 

L'arrogance de Mr Vrais Combats est telle qu'il se croit apte à créer une hiérarchie entre les "vrais combats" et ceux qui, apparemment, n'en sont pas à ses yeux. Mr Vrais Combats est un homme, avec son vécu d'homme qui bénéficie de privilèges dans une société sexiste, et il se croit apte à élaborer un classement entre différentes formes d'oppression qu'il ne subit pas lui-même ! On rêve. Le comportement de Mr Vrais Combats est quand même d'une indécence totale. 

En plus de cela, Mr Vrais Combats est tout simplement sexiste, même s'il prétend le contraire. Ce qu'il dit, en gros, c'est que le sexisme subi par les femmes dans le périmètre délimité par lui n'a aucune importance : seul compte pour lui le sexisme qui lui paraît trop criant (en fonction de ses critères personnels) ; une femme afghane sous une burqa, ça le choque. Mais une femme discriminée sans burqa ? Pas grave. En fait, Mr Vrais Combats n'aime pas l'idée que les femmes peuvent comparer leur situation à celles des hommes : elles ne devraient apparemment que se comparer entre elles, pour estimer par exemple que leur sort est "moins pire" que celui des femmes afghanes. En quoi le fait que le sort de certaines femmes est "moins pire" le rend plus acceptable ? J'ai lu un jour le commentaire d'un homme qui disait (je cite de mémoire): "Vous vous foutez de nos gueules ? Alors que des femmes sont vraiment opprimées par les islamistes ? (...) Par comparaison les femmes sont plutôt bien traitées en France". Oui, car apparemment nous devrions nous réjouir d'être "bien traitées", un peu comme des chiens qui seraient contents d'avoir des croquettes dans leur gamelle et de ne pas prendre trop de coups de pieds. Sachant qu'en France, il y a encore des femmes qui sont discriminées, violées, victimes de violence conjugale voire assassinées par un conjoint ou ex conjoint, permets-moi de faire un peu la fine bouche face à ce prétendu "bon traitement", Mr Vrais Combats. En fait, on s'en balance un peu d'être "bien traitées", ce que nous voulons c'est l'égalité, mais c'est cela que Mr Vrais Combats ne supporte pas. Fausse sollicitude mais vrai sexisme, Mr Vrais Combats n'est qu'un dominant arrogant de plus. 

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08 septembre 2016

Etre une femme sans être une mère

Avec la banalisation d'Internet, j'ai l'impression d'assister à une libération de la parole des childfree, et notamment des femmes childfree, sur le net (childfree, terme anglais qui désigne une personne sans enfant par choix ; le terme childless désigne une personne sans enfant, que ce soit une situation choisie ou non). De plus en plus de femmes prennent la parole, sur les blogs, les réseaux sociaux, pour dire haut et fort qu'elles ne veulent pas d'enfants et critiquer la pression sociale qu'elles peuvent subir, avec plus ou moins de force, de la part de personnes qui ne comprennent pas leur choix. Parfois ce sont aussi des femmes pas encore sûres de ce qu'elles veulent ou qui repoussent la maternité à plus tard, mais pour qui cette pression est tout aussi pesante. Pour ces femmes, Internet peut faire office d'espace de liberté inédit où elles peuvent parler longuement de ce qu'elles vivent et discuter avec des femmes ayant un vécu similaire. 

Car beaucoup de femmes, qu'elles désirent ou pas des enfants, constatent cette pression sociale qui pèse sur elles, beaucoup plus que sur les hommes. Certes, un homme qui déclare ne pas vouloir d'enfants peut subir aussi des remarques acerbes et désagréables ("Tu es égoïste", "Aucune femme ne voudra de toi si tu ne veux pas d'enfants", etc...). Cependant, les femmes childfree brisent peut-être un tabou encore plus lourd en affirmant qu'on peut être une femme sans être une mère. 

Pour un certain nombre de gens, en effet, la question n'est pas de savoir si on veut des enfants, mais quand on en aura, car il va de soi que cela doit arriver un jour. Personnellement, je reste abasourdie devant la tranquille assurance des gens qui, pour lancer une conversation ou par curiosité mal placée, n'hésitent pas à interroger lourdement : "Et toi, c'est pour quand ? Quand est-ce que tu t'y mets ?". Comme s'il allait de soi que faire un enfant était le projet incontournable et inévitable de tout être humain. Questions d'autant plus grossières que beaucoup de gens n'hésitent pas les poser sans seulement connaître leur interlocuteur ou interlocutrice, comme si la personne en face était tenue d'évoquer un sujet aussi intime avec n'importe qui. Cette personne peut très bien ne pas vouloir d'enfants, être stérile, essayer sans succès d'avoir des enfants depuis des années, le sujet peut avoir créé des tensions dans son couple, etc... Mais la personne qui pose la question inquisitrice n'a visiblement pas de scrupules (dans le cas où la personne visée serait perçue comme célibataire, la question bien lourde sera plutôt "Alors, toujours pas de copain/copine ?", assortie parfois d'un menaçant "tu ne vas pas rester vieille fille/vieux garçon, quand même ?"). 

Et dans le cas où une personne finit par dire qu'elle ne veut pas d'enfants, elle peut être tenue de répondre à de nouvelles questions inquisitrices ou de supporter des remarques douteuses : "Bah pourquoi ? C'est tellement bien d'avoir des enfants. C'est que du bonheuuur. Tu dis ça parce que tu es jeune. Tu es immature. Tu es égoïste. Tu changeras d'avis un jour. Tu dois changer d'avis. Change d'avis, maintenant". On peut d'ailleurs constater que s'il y a bien une discussion qui peut virer très vite au dialogue de sourds, c'est celle-là. Vous pouvez répéter inlassablement à certaines personnes que vous ne voulez pas d'enfants, cela n'empêchera pas ces personnes de revenir régulièrement à la charge pour vous poser encore et toujours les mêmes questions, comme si vous n'aviez absolument rien dit. Puisque il est entendu que vous allez forcément changer d'avis et que vous ne savez pas ce que vous dites (mais les autres savent apparemment mieux que vous). 

Pourquoi ne pas vouloir d'enfants ? Et pourquoi pas ? On ne harcèle pas de questions les gens qui veulent des enfants ou en ont. Faire des enfants est perçu comme "normal", "naturel", et on n'a pas à se justifier de la décision d'en faire. Alors moi, j'estime que je n'ai pas à me justifier ou à fournir une liste longue comme le bras de "raisons" pour lesquelles je ne veux pas d'enfants. D'ailleurs quand bien même je chercherais à donner ces raisons, je ne crois pas qu'elles suffiraient à tout expliquer. Si on ne veut pas d'enfants c'est parce qu'on n'a pas de désir d'enfants, et il n'est pas nécessaire de chercher plus loin. Le désir d'enfants n'est pas inné et ne concerne pas tout le monde. Je ne veux pas forcément entrer dans un "débat" sur le sujet, ni qu'on cherche à contrer mes "arguments" en cherchant à me démontrer par A + B que la maternité est merveilleuse et que je ne devrais pas passer à côté : ce n'est pas de l'ordre du débat, je prends les décisions qui concernent mon corps et mon utérus, point.  

Ma situation actuelle fait que je me sens relativement préservée de la pression sociale (encore jeune et on me dit souvent que je fais moins que mon âge, sans emploi stable et officiellement célibataire). Cependant j'ai tendance à redouter les jugements des gens et il n'est pas forcément évident de dire clairement que l'on ne désire pas d'enfants, jamais. En lisant des témoignages d'autres personnes childfree, je découvre des situations qui s'apparentent parfois clairement à du harcèlement régulier. Quand on affirme qu'on ne veut pas d'enfants, on nous prédit volontiers une vie triste et sinistre destinée à se terminer dans la solitude d'une chambre de maison de retraite. En réalité, une vie sans enfants n'a rien de triste, mais à mon avis la difficulté réside dans le fait de se construire une vie en dehors des repères balisés que les autres prévoient pour nous. Pour les femmes childfree, pas de complicité autour du test de grossesse, de l'échographie chez le gynécologue ou du récit d'accouchement. Etre childfree oblige à s'interroger sur la façon dont on veut vivre sa vie, le parcours de celle-ci laissant davantage place à l'imprévu. Je réalise qu'il n'est pas forcément évident de devenir une femme adulte childfree dans une société où une femme sans enfants est encore considérée plus ou moins par certaines personnes comme une post-ado un peu attardée. 

Quand on est une femme (ou perçu-e comme telle), on nous met en tête que nous devons être "féminine", c'est-à-dire correspondre à des normes sociales rigides et contradictoires concernant ce qui est considéré comme "féminin". Et la maternité fait partie de la vision de la "féminité" qu'on nous transmet. La maternité nous est même vendue comme le summum de la "féminité", l'aboutissement ultime de notre vie de femme. Au point que des gens imprégnés de cette vision sexiste et normative disent parfois à des femmes childfree : "Tu n'es pas une vraie femme si tu n'as pas d'enfants". Que sommes-nous alors ? Quand on est une femme childfree, on peut avoir cette impression dérangeante et assez humiliante qu'on n'est pas toujours une "vraie adulte" aux yeux des gens. Qu'on est incomplète, pas aboutie, que notre vie n'est pas sérieuse. On est supposée procréer pour gagner les galons sociaux de la Vraie Femme Accomplie, et en plus accoucher par voie basse peut être jugé préférable à la césarienne, le vagin dilaté étant apparemment le gage du statut de la Vraie Femme. J'ai déjà lu les propos de gens disant sérieusement qu'une femme qui n'avait pas été enceinte et n'avait pas accouché n'était pas allée au bout de son aboutissement physique (ou comment on peut s'appuyer sur la biologie pour tenir des propos purement idéologiques. Ces propos peuvent d'ailleurs être bien humiliants pour les femmes stériles, seraient-elles donc "inabouties" ou incomplètes ?). J'ai plutôt tendance à considérer que la possession d'un utérus n'oblige personne à être enceinte, et qu'il est pas nécessaire de tester obligatoirement toutes les potentialités de notre corps pour en avoir la pleine jouissance. 

Notre temps libre est suspect, nos occupations et distractions considérées comme "égoïstes". C'est aussi bien révélateur du sexisme : on encourage les femmes à ne pas trop penser à elles, à privilégier les autres, se sacrifier, à prendre en charge gratuitement les enfants et les vieux. Penser à soi, à sa carrière, à son épanouissement, son bien-être, ou à ses priorités, ça peut vite devenir suspect pour une femme (même une mère qui vient d'accoucher et retourne rapidement au travail n'échappe pas toujours à la médisance et aux remarques acerbes). D'une certaine façon, vivre en tant que femme childfree est un défi, qui peut être désorientant mais stimulant, dans la recherche du sens que nous voulons donner à notre existence, hors de certains sentiers balisés. 

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19 août 2016

No comment.

Non, je ne veux pas commenter. 

Je ne veux pas donner d'avis sur la "polémique" qui a été lancée en France sur cette tenue appelée burkini que certaines femmes musulmanes portent pour se baigner à la plage. 

Je ne veux pas rentrer dans ce jeu là. Je suis féministe et je ne veux pas être utilisée comme caution au service de motivations douteuses. Je ne veux pas que des politiciens qui ne sont même pas féministes me dictent leurs priorités et me disent ce qui est prioritaire pour les femmes. Je ne veux pas disserter pour décréter que telle ou telle tenue n'est "pas compatible avec la République" (quel rapport, d'ailleurs ?). 

Je ne veux pas être une féministe qui sert d'idiote utile à l'islamophobie ambiante, contrairement à d'autres féministes qui ont sauté à pieds joints là dedans depuis longtemps. 

Je ne veux pas prendre position sur cette "polémique" du burkini car je refuse les termes du "débat" tels qu'ils sont posés. Je ne veux pas suivre les règles d'un jeu dont les dés sont pipés. 

Je ne veux pas décréter qu'une femme a l'obligation de montrer telle ou telle partie de son corps pour avoir le droit d'accéder à la plage. C'est contraire à l'idée que je me fais du féminisme. Mon féminisme n'est pas celui qui conduit à soutenir des hommes en uniforme ordonnant à des femmes de se déshabiller pour avoir le droit de se baigner dans la mer. Mon féminisme n'est pas islamophobe et pas autoritaire, et ne passe pas par des amendes qu'on met à des femmes pour les "libérer" de force. Je me fous de savoir si une femme qui va se baigner dans la mer se met toute nue ou met un maillot de bain ou garde une tenue plus couvrante. C'est son foutu droit de mettre absolument ce qu'elle veut pour se baigner sur une plage publique

Les féministes islamophobes, on vous voit. On vous voit avec vos expressions ridicules, "pro voile", et maintenant "pro burkini", qui ne veulent rien dire et sont mensongères, et ne sont là que pour déformer les propos des féministes qui ne pensent pas comme vous. Vous êtes à mes yeux de plus en plus indécentes. Vous n'êtes pas mes soeurs et je ne veux rien avoir à faire avec vous. 

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08 août 2016

Je suis une féministe poilue

Quand des non féministes parlent de féminisme, la figure repoussoir de la "féministe poilue" est fréquemment évoquée. Parfois ce sont même des femmes féministes qui, spontanément, vont s'en distancier : "on n'est pas forcément des féministes poilues". Ainsi, une femme qui voudrait garder ses poils est implicitement assimilée à une femme qui "va trop loin", qui a une étrange lubie égalitariste suscitant la raillerie. Oui bon d'accord, c'est bien beau d'être pour l'égalité, mais quand même, rase-moi ces poils, tu vas ressembler à Chewbacca (ironise un homme qui a lui-même des poils trois fois plus épais sur le corps et une barbe de trois jours, voire de hipster). La féministe est tenue de ne pas "aller trop loin" pour ne pas faire peur (pas trop poilue, pas trop lesbienne, pas trop "masculine", on finit par les connaître, les critères de la féministe qui reste BCBG).

Dans une discussion sur la norme de l'épilation, sur les réseaux sociaux, j'ai vu surgir des hommes agacés qui décrétaient que tout cela était absolument secondaire, des discussions de filles bourges à côté de la plaque qui n'ont rien compris aux vrais problèmes des femmes, ceux qui sont vraiment importants. C'est fou comme des hommes se sentent autorisés à intervenir et à faire des sermons sur des sujets dont ils ignorent tout. Les hommes, pour la plupart, n'ont aucune idée de ce que peut représenter la norme de l'épilation, la contrainte qu'elle peut faire peser sur les femmes au quotidien. Le contrôle du corps que cela implique. "Bah tu t'en fous, ne t'épile pas, fais ce que tu veux, t'es libre", professe le mec ignorant. Merci, c'est donc si simple, mais moi je l'ignorais, pauvre nunuche que je suis. 

Pourtant, par rapport à d'autres femmes, je me sens privilégiée. Dans le sens où effectivement, je ne m'épile pas, et cela ne me pose pas problème au quotidien. Je corresponds au terrible cliché repoussant de la "féministe poilue" : féministe, pas épilée, et tenant à le rester ! Je suis même un cas relativement rare, sachant que je n'ai jamais épilé mes poils de ma vie. Dans une société où on apprend aux filles à haïr leurs poils, j'ai eu la "chance" d'être dotée de poils assez fins et peu voyants. Contrairement à d'autres filles, je n'ai aucun souvenir de remarques désobligeantes sur mes poils pendant mon adolescence. Je me revois, à presque 16 ans, me promenant avec des shorts très courts pendant l'été sans que personne ne dise rien. 

Face aux pubs télévisées où les femmes agitent leurs jambes épilées en l'air en se prenant pour des déesses, un autre modèle a fait office pour moi d'alternative : ma mère. Petite, j'avais l'habitude de rentrer dans la salle de bains quand ma mère y était et j'avais remarqué qu'elle avait des poils sous les bras et entre les jambes, et j'ai appris à trouver cela parfaitement normal. Beaucoup plus tard, j'ai découvert avec surprise les actrices des films pornos, aux sexes nus, je trouvais ça bizarre, infantile et plutôt laid. A mes yeux le sexe poilu de ma mère restait le seul "vrai" sexe de femme, d'une certaine façon.

Si je devais m'épiler aujourd'hui, alors que je suis adulte, je serais probablement bien maladroite pour cet exercice jamais effectué auparavant, et sans doute perçue comme une attardée à l'hygiène douteuse par un certain nombre de gens (en réalité, je le rappelle, l'épilation n'a rien à voir avec l'hygiène, et mes poils n'ont aucune odeur particulière après le bain et le déodorant...). Il n'est pourtant pas si loin, le temps où les femmes pouvaient poser avec des poils sous les bras, des hanches larges, exhiber leurs poils au cinéma, et être considérées comme belles... De nos jours la mode est plutôt aux mannequins anorexiques et à l'épilation intégrale. Aucun poil qui dépasse. Les femmes ont acquis des droits et des libertés (droit de vote, contraception, avortement légal...), mais la pression normative autour de leur corps est particulièrement pesante. Aujourd'hui, des ados à peine sorties de l'enfance croiraient mourir de honte si elles laissaient dépasser un léger duvet de poil... 

En ne m'épilant pas pendant des années, j'ai le sentiment d'avoir gagné pas mal de temps et d'argent (consacrés à autre chose qu'à l'épilation), et évité pas mal de douleurs inutiles (je n'aime pas souffrir inutilement et l'idée de hurler en m'arrachant des poils avec de la cire ne m'a jamais spécialement fait rêver... Je n'ai jamais trop pris au sérieux la sinistre sentence que j'ai entendue enfant, "il faut souffrir pour être belle"... Sans moi, je préfère encore rester moche). Cependant, face à une satisfaction si insolente de fille bien dans ses poils, des hommes aux poils sans doute bien plus épais que les miens viennent parfois ricaner qu'une fille comme moi ne risque pas de trouver de petit ami daignant lui faire l'amour. Mais mec, si ton fantasme personnel, c'est une poupée en plastique lisse sans poils et sans bourrelets nulle part, c'est ton problème, pas le mien (non pas que je compare certaines femmes à des poupées, mais je pense que certains hommes hétéros préfèrent réellement des poupées en plastique aux femmes réelles). D'une part j'ai déjà pu constater très concrètement qu'avoir quelques poils ne m'empêchait pas de dénicher des partenaires sexuels, et d'autre part finir en couple hétéro monogame stable pour le restant de mes jours n'est pas forcément l'objectif ultime de ma vie. Même que je les aime plutôt, mes poils, caresser le léger duvet sous mes bras sans lequel je ne m'imagine pas, et qu'un homme n'a pas trouvé dégueulasse de caresser aussi. 

Suis-je pour autant libérée de la fameuse pression à l'épilation ? Totalement détendue sous mes poils ? Même pas complètement. C'est dire si je sais combien elle est forte, la pression : même moi, l'ultime village gaulois qui résiste à la jambe lisse, je n'arrive pas à me sentir complètement libre de montrer mes poils en me foutant des regards. Il m'est déjà arrivé de penser que je pouvais perdre l'opportunité d'obtenir un emploi juste à cause de mes poils. Oui, car cher mec qui me rappelle d'un ton condescendant que je suis bien libre de faire ce que je veux, en fait, pour certains emplois avec tenue imposée, l'épilation des femmes peut être considérée comme un impératif, implicite ou explicite. Beaucoup de femmes ne chercheront pas forcément à montrer leurs poils pour un emploi impliquant une certaine présentation physique, tant peut être implantée dans leur tête l'idée qu'une tenue "correcte" implique automatiquement d'être épilée. Redoutant souvent de passer pour "sale" ou "négligée". Les hommes, eux, sont tranquilles, quand on leur impose une tenue, c'est le plus souvent avec un pantalon, et ils peuvent exhiber la plus épaisse des fourrures sans que celle-ci ne soit jugée dégueulasse. Combien de fois j'ai d'ailleurs vu des hommes, chemise largement ouverte ou torse nu quand il fait chaud, laissant tranquillement respirer leurs poils sans se soucier du moindre jugement, et ce même quand les poils en question ne sont pas particulièrement beaux à voir ? Je ne laisserai jamais un donneur de leçons mansplainer prétendre m'expliquer qu'il n'est pas prioritaire pour une femme de pouvoir aimer et accepter son corps en toute sérénité, qu'elle montre celui-ci ou non. Garder ou pas garder ses poils, peut-on dire, l'essentiel est de pouvoir choisir. Certes, mais encore faut-il qu'existent réellement des conditions permettant de choisir. 

 

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05 février 2016

La haine de la langue arabe

J'essaie de faire le compte de toutes les histoires que j'ai entendues, récemment ou il y a quelques années, témoignant d'une peur, d'une haine pour la langue arabe, en France ou ailleurs. Des histoires qui prouvent que, en ces temps de racisme et d'islamophobie décomplexés, ce qui fait peur, met en colère, rend irrationnels des gens, ce n'est pas "seulement" la vision d'un Coran, d'une mosquée ou d'un foulard, mais aussi juste la langue arabe, en tant que langue. La langue du Coran aussi, certes, mais aussi tout simplement la langue des "arabes" et plus généralement d'une importante population arabophone aux diverses religions et origines. 

Dernière histoire dont j'ai eu connaissance, diffusée via Twitter : une enseignante avait prévu d'emmener ses élèves voir le film "Wadjda". "Wadjda" est un beau film saoudien qui raconte comment une adolescente cherche à s'émanciper dans une société très conservatrice et sexiste. Voilà la réaction d'une mère d'élève à laquelle cette enseignante a eu droit : 

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Voilà donc une mère qui s'offusque qu'on "impose à nos enfants d'écouter de l'arabe", un peu comme on s'offusquerait d'un fumeur imposant sa fumée de cigarette. Il faut croire que la langue arabe est bien dangereuse, pour qu'on songe sérieusement à en préserver des enfants innocents !

Récemment, dans une école corse, des parents d'élèves se sont émus que leurs enfants chantent la chanson "Imagine" dans cinq langues, dont l'arabe. Il y a quelques années, dans la région lyonnaise, une "polémique" similaire avait éclaté quand des enfants avaient préparé une chanson en arabe à l'école : http://lmsi.net/La-metaphore-laique-illustree-par

Aux Etats-Unis, il y a peu de temps, deux passagers ont été débarqués d'un avion parce qu'ils parlaient arabe, ce qui a inquiété d'autres passagers. Sur la page Facebook d'un magasin australien, plusieurs personnes sont venues protester contre des publicités en arabe (à voir ici) : http://wheres-margo.tumblr.com/post/137215243586/maskedlinguist-lizjamesbitch-patbaer 

Sur Twitter, peu de temps après les attentats parisiens du 13 novembre, j'ai lu le témoignage d'une personne dont une connaissance avait été dénoncée à la police parce qu'elle écrivait en arabe à la terrasse d'un café. 

Dans les établissements scolaires français, des principaux et proviseurs refusent d'ouvrir des classes d'arabe pour des raisons parfois délirantes : http://www.telerama.fr/idees/l-ecole-francaise-cancre-en-arabe,126251.php Pendant ce temps là, François Hollande suscite des railleries avec sa prononciation approximative de l'acronyme "Daesh" : http://orientxxi.info/magazine/la-france-doit-redecouvrir-la-langue-arabe,0779 C'est dire si l'enseignement de l'arabe en France nécessite encore des développements !

Le fait que l'actuelle ministre de l'Education nationale soit originaire d'un pays arabe suscite visiblement la colère des racistes, et du côté des réseaux d'extrême-droite sur le net, il n'est pas rare de voir des gens délirer sur des théories selon lesquelles Najat Vallaud Belkacem voudrait "imposer l'arabe" aux élèves (quand on voit combien il est difficile d'apprendre l'arabe en France, comme le rappelle l'article de Télérama posté plus haut, on ne peut que réaliser combien ces théories sont complètement fantaisistes. Si vraiment la ministre souhaitait "imposer l'arabe", de toute évidence il faudrait en conclure qu'elle s'y prend très mal !). 

Sur Twitter, j'ai déjà vu à plusieurs reprises des utilisateurs exprimer une franche défiance pour d'autres personnes utilisant la langue arabe. Par exemple, un utilisateur de Twitter disant à un autre : "Vous avez une phrase en arabe que je ne comprends pas dans votre description, donc je ne vous "suis" pas" (tu peux toujours essayer Google Translate, ça devrait calmer ta panique...). Ou encore un homme qui interrogeait agressivement un jeune homme ayant un prénom en arabe dans son pseudo : "C'est quoi ce mot en arabe ? Tu n'oses pas le dire ?" (c'était un banal prénom, donc...). Dans l'esprit de certaines personnes, la langue arabe, semble, par nature, dangereuse et porteuse d'une vague menace. Dans la "logique" des racistes anti-arabes, les personnes arabes, animées par la volonté de nuire, ne peuvent apparemment utiliser la langue arabe que comme un code secret pour cacher leurs sombres desseins, et non comme une banale langue parmi d'autres pour écrire un prénom ou dire "Bonjour, passe-moi le pain s'il te plaît". Le fait que cette langue obéisse à des règles assez différentes du français (autre alphabet, écriture de droite à gauche...) irrite sans doute d'autant plus les racistes qui ne peuvent pas la maîtriser aussi facilement qu'une langue latine plus familière à leurs yeux.

Sur Facebook, j'avais eu l'occasion de tomber sur ces réactions délirantes d'agressivité sur une page publique, bien révélatrices de l'irrationnalité qui peut saisir des gens quand il est question de la langue arabe. Gageons que s'il avait été question de lancer un "welcome" à des immigrés anglophones, cela n'aurait pas suscité les mêmes commentaires hostiles !

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J'ai eu l'occasion par ailleurs de lire le témoignage d'une personne dont une connaissance, discutant en arabe sur un quai de RER parisien, avait eu droit à un crachat dans la figure assorti d'un "En France on parle français" de la part de l'agresseur. 

Tous ces exemples que j'évoque me semblent révélateurs d'un climat particulier de détestation de la langue arabe en France (et ailleurs). Pendant ce temps là, dans les pays arabes, beaucoup de gens font l'effort d'apprendre l'anglais et/ou le français, bien que ces langues soient assez différentes de l'arabe... Les Occidentaux blancs ont l'air de trouver normal que les arabophones fassent l'effort de s'adapter à eux, mais l'inverse n'est pas forcément vrai. Quel message envoyons-nous aux personnes arabophones du reste du monde, en entretenant un tel désintérêt en France pour la langue arabe, une telle ignorance, alors que de nombreuses personnes résidant dans ce pays sont arabophones ? Nous avons tout intérêt, pour favoriser le développement de la connaissance et la compréhension vis-à-vis de cultures méconnues et méprisées en France, à enseigner davantage la langue arabe et à rendre les cours d'arabe plus accessibles à un large public. 

Un témoignage intéressant d'une personne qui étudie l'arabe : http://lesossurlapeau.canalblog.com/archives/2015/10/08/32737300.html

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21 janvier 2016

L'illusion du "mérite" et du "talent"

Aucune femme nominée pour le Grand prix de BD d'Angoulême.

Aucun-e acteur ou actrice noir-e nominé-e aux Oscars. 

Je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement entre ces deux "polémiques" récentes : le constat accablant qu'un groupe de personnes peut être totalement absent des nominés pour une remise de prix (et même plusieurs groupes). Bizarrement on peut même faire le constat que les hommes blancs ont tendance, souvent, à être majoritaires. Comme à l'Assemblée nationale ou à la tête de grandes entreprises. Plein d'hommes blancs partout quand il est question d'avoir du pouvoir ou de la reconnaissance, hommes blancs qui d'ailleurs sont aussi majoritairement hétéros et cisgenres.

Et donc, à chaque fois qu'une "polémique" sur cette question de la représentation éclate, les mêmes commentaires reviennent : "on juge sur le talent/le mérite de la personne, pas sur son genre ou sa couleur de peau", "c'est raciste/sexiste de prêter attention comme ça au genre ou à la couleur de peau". 

Que faut-il en déduire ? Qu'aucune femme dessinatrice ne "mérite" donc de recevoir un Grand prix de bande dessinée ? Qu'aucun comédien, comédienne noir-e n'a le "talent" suffisant pour être nominé-e aux Oscars ? Les hommes blancs hétéros cisgenres seraient-ils naturellement, par on ne sait quel miracle, plus talentueux et méritants que les autres ?

Un jour, à propos d'une discussion sur l'Assemblée nationale sur les réseaux sociaux, un homme blanc m'a sorti qu'il ne fallait pas choisir des femmes politiciennes parce qu'elles sont des femmes, mais pour leur mérite. Je lui ai fait remarquer que les hommes ne sont pas majoritaires parce qu'ils sont plus "méritants", mais parce qu'ils sont privilégiés en tant qu'hommes. Visiblement le jeune homme n'a pas apprécié cette remise en question de ses mérites naturels et évidents d'homme blanc, car il m'a demandé de fermer ma gueule. 

N'empêche, je me dis que ça doit être bien cool d'être un homme blanc hétéro cisgenre valide. Voir des hommes blancs hétéros cisgenres majoritaires partout, et penser qu'ils sont là juste parce qu'ils l'ont mérité. Penser, où qu'on soit, qu'on a mérité sa place et qu'on ne doit tout qu'à son travail, son mérite, son talent ou que sais-je encore. Ne même pas se rendre compte que d'autres qui ont autant de qualités peuvent être discriminés, refoulés franchement ou plus sournoisement en raison de leur sexe, leur couleur de peau, leurs origines, leur religion, leur orientation sexuelle, leur transidentité, leur handicap et sans doute bien d'autres choses, ne pas voir comme ces autres peuvent galérer. Ne jamais remettre la légitimité de sa place en question par rapport à tous ces critères. 

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09 janvier 2016

Racistes, arrêtez d'instrumentaliser les violences faites aux femmes

Il y a quelques temps, je lis le témoignage d'une jeune femme sur un site Internet. Alors qu'elle arrivait dans une gare pour prendre le train, un homme visiblement alcoolisé l'a poursuivie en vociférant "Eh la sale rousse". Elle a couru jusqu'à son train et s'y est cachée. Dans son témoignage, elle précise que l'homme en question, avant de s'en prendre à elle, criait "Sale arabe" à un autre homme. On peut donc vraisemblablement en déduire qu'il n'était pas arabe lui-même. D'ailleurs, dans son témoignage, la jeune femme ne faisait aucune allusion aux origines ou à la couleur de son agresseur. Cependant, les réactions à son agression sur les réseaux sociaux n'ont pas tardé à fleurir, et avec elles les accusations racistes : l'agresseur étant supposé automatiquement non blanc et/ou musulman (un musulman bourré, c'est vrai que c'est tellement pertinent). 

Des exemples comme ça, je pourrais les multiplier. Dès lors qu'une femme parle du harcèlement, d'agressions qu'elles a subies, les accusations racistes fusent. Je remarque d'ailleurs, sur les réseaux sociaux, que ces accusations viennent fréquemment d'hommes blancs. Des hommes blancs qui espèrent sans doute ainsi se dédouaner de toute responsabilité, et se convaincre que eux n'agressent jamais les femmes. L'agresseur, ce serait forcément "l'autre", le non blanc, le musulman, décrit comme frustré sexuellement, comparé à un animal incontrôlable (comparer les non Blanc-he-s à des animaux, un grand classique raciste), un peu frustre et venant d'une "cité" de banlieue parisienne (où l'on voit qu'au racisme s'ajoute aussi le mépris de classe...).

Chers hommes blancs racistes, laissez-moi donc vous détromper : quand nous parlons des hommes qui nous harcèlent, nous agressent, nous frappent, vous n'êtes pas exclu automatiquement du lot. Eh oui, il y a aussi des hommes blancs du côté des agresseurs. Arrêtez d'essayer de nous faire croire que, par on ne sait quel miracle, les hommes blancs seraient naturellement plus égalitaires et respectueux des femmes que les autres. 

Par ailleurs, on peut remarquer que la femme victime d'agression est souvent supposée blanche. Sur un site s'adressant aux femmes, je découvre il y a quelques temps un projet de photos contre le harcèlement : les agresseurs étaient représentés de différentes couleurs, mais les victimes... toutes blanches ! La perpétuation de ce cliché (l'agresseur forcément non blanc, la victime forcément blanche) permet à certains hommes blancs racistes d'accuser les hommes non blancs : "ILS agressent NOS femmes". Alors j'ajoute quelque chose pour vous, les hommes blancs racistes : les femmes blanches ne sont pas VOS femmes, et aucun homme ne peut prétendre dire "NOS femmes", quelles que soient sa couleur et ses origines. Les femmes ne sont pas vos choses ni vos possessions, et arrêtez d'utiliser les agressions qui NOUS touchent pour jouer à une guéguerre entre mâles se disputant des objets. En réalité, on se rend bien compte que vous vous foutez bien de notre vécu et de nos agressions, et que vous les utilisez uniquement pour coller à votre petit programme raciste. 

D'ailleurs, à ce propos, l'extrême-droite raciste se soucie t-elle des violences faites aux femmes ? Quand on voit que Bruno Gollnisch, du FN, a écrit un texte remettant en question la notion de viol conjugal, on peut en douter (texte toujours en ligne sur son site personnel). Les militants d'extrême-droite se contrefichent des violences faites aux femmes, mais ils se réveillent pour les dénoncer dès lors que l'agresseur est décrit comme non blanc (constat fait récemment suite aux agressions sexuelles ayant eu lieu à Cologne, en Allemagne, alors que plusieurs agresseurs ont été décrits comme "Nord Africains". Et les militants d'extrême-droite se sont précipités sur ces agressions pour remettre en question l'accueil des migrants en Europe...). 

Arrêtez donc d'utiliser les agressions que NOUS subissons pour VOTRE foutue politique raciste ! Pour moi, c'est encore une manière de nous agresser. 

D'ailleurs, on peut constater que quand la violence vient d'un homme blanc, tout de suite le regard porté sur cette violence n'est plus le même. Bertrand Cantat qui démolit une femme à coups de poings ? Ah, pas pareil, lui ça doit être une exception, et puis il paraît qu'il était "fou d'amour"... Contrairement aux hommes non blancs, qui eux sont souvent décrits comme machistes et violents par essence, quand les hommes blancs sont supposés plus égalitaires, plus respectueux, plus civilisés. La bonne blague.

Mains au cul, frotteurs et drague lourde : elles racontent le harcèlement dans les transports

http://cheekmagazine.fr/societe/mains-au-cul-frotteurs-et-drague-lourde-elles-racontent-le-harcelement-dans-les-transports/

 

Du caractère polymorphe et multicolore du relou en milieu urbain

http://clemmiewonder.tumblr.com/post/98134059269/du-caract%C3%A8re-polymorphe-et-multicolore-du-relou-en

 

 

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12 juillet 2015

Homophobie et islamophobie : l'injonction à la discrétion

Dans cet article, le site Les Mots sont importants fait un parallèle intéressant entre homophobie et islamophobie :

http://lmsi.net/On-peut-plus-rien-dire

Il y a un point commun que l'on retrouve dans certains discours homophobes et islamophobes : l'injonction à la discrétion. Une majorité hétérosexuelle enjoint la minorité homosexuelle et bisexuelle à se faire discrète ; une majorité de culture chrétienne (dans un contexte européen) enjoint la minorité musulmane à se faire discrète. Evidemment, le fait d'être gay ou lesbienne n'est pas comparable au fait de pratiquer une religion, ce sont deux choses différentes, mais on peut remarquer comment différents groupes minoritaires peuvent subir des phénomènes comparables.

Avec la promotion de l'égalité entre couples hétérosexuels et homosexuels, les discours homophobes sont davantage pointés du doigt de nos jours. Néanmoins, on entend ou lit encore parfois les propos de personnes qui déclarent : "Je n'ai rien contre les homosexuels, tant qu'ils sont discrets", "Je suis contre la Gay pride, car je pense que l'orientation sexuelle est quelque chose de privé, est-ce que les hétéros font des Hétéro pride ?"...

Ce genre de discours, en plus d'être homophobe, est d'une grande mauvaise foi. Attend t-on sérieusement des hétérosexuels qu'ils soient discrets ? L'idée même pourrait être à hurler de rire, tant la promotion de la norme sociale de l'hétérosexualité est constante, publique, et quasi permanente. Une personne hétérosexuelle peut bien, par pudeur personnelle, ne pas vouloir embrasser son partenaire en public, par exemple ; mais une personne hétérosexuelle est rarement amenée à se demander s'il lui faut être "discrète" en tant qu'hétérosexuelle. 

Souvent, quand une personne homosexuelle ou bisexuelle fait un "coming out" officiel, des gens réagissent en commentant : "Cela ne nous regarde pas, c'est quelque chose qui devrait être privé". Encore une fois on peut relever le deux poids deux mesures qui est à l'oeuvre. Une personne hétérosexuelle ne se demande jamais si son hétérosexualité doit rester "privée" ou non : l'hétérosexualité étant socialement perçue comme la norme, comme allant de soi, on ne songe pas à faire de "coming out hétérosexuel". Une personne publique hétérosexuelle peut sans problème faire une allusion à son conjoint, épouse ou mari, cela ne sera pas forcément perçu comme indiscret ; alors qu'une allusion similaire faite par une personne en couple homosexuel sera plus facilement jugée comme étant d'une terrible impudeur et indiscrétion. 

Un couple hétérosexuel peut s'afficher de manière publique en tant que couple sans que cela n'entraîne nécessairement de questionnement particulier, alors qu'un couple homosexuel qui fait la même chose peut se confronter à des questionnements difficiles à imaginer. J'ai lu un jour le commentaire sarcastique d'une personne qui ironisait sur "les pauvres homosexuels qui ne peuvent pas s'embrasser et se tenir la main dans la rue". Il est facile d'ironiser sur un privilège dont on bénéficie soi même, sans même savoir ce qu'implique le fait d'en être privé. Evidemment, un couple homosexuel peut être capable de faire l'effort de dissimuler certains gestes dans l'espace public, mais il n'en reste pas moins que c'est un effort contraignant, qui dépasse largement le fait de "se tenir la main en public". Un couple homosexuel qui évite de s'afficher en public peut être amené à censurer certains gestes, certaines paroles, à mentir sur la nature de la relation unissant les deux personnes. Ce qui paraît complètement anodin pour un couple hétérosexuel, comme le fait de présenter son conjoint à quelqu'un d'autre, par exemple, peut devenir beaucoup plus compliqué pour un couple homosexuel. Evidemment, dans un certain nombre de pays où l'homosexualité est dépénalisée, un couple homosexuel qui ne se cache pas n'est pas dans l'illégalité, mais les éventuelles réactions ambiguës ou hostiles peuvent suffire pour faire peser un poids contraignant les homosexuels à une discrétion forcée. Ce poids qui pèse sur les homosexuels et bisexuels maintient la norme sociale hétérosexuelle et limite l'expression publique de rapports plus diversifiés entre les sexes. 

Une injonction assez similaire à la discrétion pèse sur les personnes de religion musulmane dans le contexte français, avec une utilisation dévoyée du concept de "laïcité". La laïcité devient un nouveau prétexte pour refuser des droits aux personnes musulmanes, comme le simple droit de manifester sa religion de manière publique (avec le port de signes religieux comme le port du foulard, par exemple), droit pourtant garanti par la déclaration universelle des droits de l'homme, ratifiée par la France... Pour viser les musulmans, et les viser, eux seuls, on répète des discours selon lesquels la religion devrait être "privée", soi disant au nom de la laïcité. A ce sujet, je renvoie à cet article de Christine Delphy :

http://lmsi.net/La-religion-une-affaire-privee

J'ai lu un jour un témoignage particulièrement triste et choquant sur une jeune femme qui avait eu droit à une engueulade terrible dans l'école où elle suivait une formation simplement parce qu'elle avait pris un jour de congé pour la fête de l'Aïd, en informant l'école à l'avance de son absence... Bien entendu, rien de tel ne serait arrivé à une personne de culture chrétienne, sachant que de toute façon les fêtes chrétiennes sont fériées en France, et il suffit de ne pas travailler un jour férié pour pouvoir passer Noël ou Pâques avec ses proches, sans pour autant être soupçonné-e de "radicalisation", de "non intégration" ou je ne sais quel autre délire... 

Dans la période d'hystérie islamophobe qui est la nôtre, le simple fait qu'une personne respecte certaines règles liées à la pratique de l'islam (ne pas manger de porc, ne pas boire d'alcool, jeûner pendant le Ramadan...) finit par être interprété par certaines personnes mal informées comme un "non respect de la laïcité", un étalage scandaleux de sa pratique religieuse, voire un signe de "radicalisation". Au passage, cela me rappelle que dans mon école primaire publique et laïque, on fêtait Noël et on mangeait du poisson tous les vendredis à la cantine (j'ai compris plus tard que c'était lié à la culture chrétienne), mais cela n'a jamais choqué personne ni été vu comme un signe de terrible intégrisme chrétien... 

Autre signe de l'inquiétante islamophobie actuelle, l'obsession autour des jeunes filles musulmanes portant des jupes longues dans certains établissements scolaires. La désolante histoire de Sirine, une collégienne renvoyée de son établissement parce qu'elle portait une jupe longue et conservait un petit bandeau en classe, illustre bien celle-ci :

http://www.liberation.fr/societe/2013/04/04/la-jupe-et-le-bandeau-lettre-a-sirine_893735

Il y avait probablement d'autres collégiennes non musulmanes qui portaient des jupes longues et des bandeaux du même style. Il y a probablement beaucoup de collégiennes ou lycéennes non musulmanes qui peuvent mettre des jupes longues ou des robes de ce style. Mais dès lors que c'est une jeune fille musulmane qui adopte ce genre de look vestimentaire,, celui-ci est perçu comme étant un scandaleux étalage "islamique" (d'autant plus quand la jeune fille porte le foulard en dehors de l'établissement, ce que les enseignants peuvent éventuellement remarquer). Ainsi la même jupe, n'ayant rien de spécifiquement "religieux", pourra susciter des réactions complètement différentes en fonction de la religion de l'élève qui la porte ! Ce n'est même pas la jupe en elle-même qui est trop "visible", mais l'élève à qui on reproche apparemment ainsi d'être tout bonnement musulmane... 

http://blog.entrailles.fr/2011/03/sois-blanche-et-tais-toi/

L'injonction à la discrétion pour les personnes homosexuelles et musulmanes est particulièrement forte dans un contexte où ces personnes peuvent être amenées à s'occuper d'enfants. Ainsi, on ne cesse de débattre pour savoir si une femme musulmane portant le foulard peut s'occuper d'enfants en crèche, être assistante maternelle ou accompagner des sorties scolaires. La même obsession concernant la prise en charge des enfants se retrouve dans les discours homophobes : des homophobes présentent comme un danger le fait que des couples homosexuels élèvent des enfants, ou encore s'élèvent contre les interventions d'associations contre l'homophobie dans des écoles, sans parler du délire général sur la prétendue "théorie du genre" ou le "gender", délire qui a été favorisé par la "Manif pour tous" et par la droite et l'extrême-droite...L'idée étant que les enfants devraient être protégés de la supposée influence toute puissante qui pourrait être exercée sur eux (apparemment, il faut croire qu'un enfant pourrait se convertir immédiatement à l'islam à la simple vue d'un foulard, ou devenir aussitôt homosexuel en rencontrant des homosexuels !). 

Au fond, ce que nous dit cette injonction à la discrétion, c'est qui a le pouvoir et qui ne l'a pas. La majorité hétérosexuelle peut se permettre de demander aux homosexuels et bisexuels d'être "discrets", la majorité de culture chrétienne peut rappeler à l'ordre les personnes de culture musulmane jugées trop visibles. Quand ce ne sont pas de simples injonctions verbales ou des mesures légales, cela peut passer par la violence (agressions homophobes, agressions de femmes portant le foulard). C'est contre cette injonction à la discrétion qu'est née la Gay pride, pour le droit des LGBT à être visibles et surtout pas cachés ou discrets. Raphaël Liogier, auteur du livre Le mythe de l'islamisation, a d'ailleurs suggéré que les musulmans puissent faire leur "Muslim pride"... 

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